Carnaval 2016
Carnaval 2016
Bienvenue à RIMONT
Bienvenue à RIMONT

21 et 22 Aout 1944

 

      Le 21 et22 Aout 1944

 

                         Bataille de 

                        RIMONT et de CASTELNAU-DURBAN

 

...L'Ariège était libérée                                           

                                                               Claude DELPLA

 

Témoigner...

 

 

                                                             21 Août 44, 21 Août 1994...

                                                             Il y a 50 ans le village de RIMONT était anéanti dans les flammes par une colonne ennemie qui tentait d'échapper à l'étau des armées débarquées le 15 août en Provence et de la Résistance Intérieure.

                                                             Le lendemain, la capitulation de ces hordes barbares érait signée à castelnau-Durban après une lutte héroïque de tous les patriotes du département ou d'ailleurs et de leurs camarades espagnols.

                                                   Au cours de ces deux journées 13 civils et une douzaine de  ma_ quisards périrent. Voilà 50 ans que la population de Rimont et les Ariégeois en général, grâce à la volonté des élus locaux et des associations de Résistants, commémorent tous les ans avec ferveur ces tragiques événements er continueront à le faire dans l'avenir.

                                                             A I 'occasion de ce cinquantenaire il nous est apparu essentiel, en hommage à ceux qui payèrent de leur vie cette Libération tant attendue et à ceux qui y contribuèrent par leur engagement, de rassembler dans cette brochure une partie des renseignements et témoignages dont nous avons  essayé de faire la synthèse.

                                                             Mon ami Claude DELPLA qui fut aussi mon professeur d'histoire a bien voulu nous aider dans cette démarche.

                                                            Ce travail est donc une œuvre collective où les associations et les derniers témoins se sont largement impliqués. Nous avons conscience qu'il est loin d'être parfait mais il a le mérite d'exister.

                                                            Nous espérons qu'il saura susciter des remarques, des témoignages nouveaux, des révélations qui nous permettront, bientôt peut-être, d'aller plus loin dans notre quête.

                                                           Merci à tous ceux qui nous ont apporté leur aide afin que les générations futures ne puissent jamais oublier le sens de la lutte et du sacrifice de leurs anciens dans ces périodes noires de notre Histoire Nationale.

 

                                                  Pierre SOULA

 

                                                                      Maire de RIMONT

 

 

                                        Rimont, village martyr, Rimont, I 'une des plus importantes batailles de la Libération dans le sud de la France, Rimont demeure le double symbole des horreurs de la barbarie nazie et de la victoire des Combattants de la Résistance sur l 'armée hitlérienne.

                                        Le demi-siècle passé a, déjà, asséché la mémoire. Il reste encore des témoins, il existe des archives. Il est temps de leur donner la parole et de tenter sérieusement un historique des tragiques événements des 21 et 22 aoît 1944.

                                        Ce travail que nous présentons n'est qu'un premier essai, prélude à un ouvrage plus complet. Il a été réalisé grâce aux archives de la Résistance Ariégeoise (archives de la Police, de la Gendarmerie, des divers maquis de I'Ariège...), grâce aux témoignages des Rimontais mais aussi grâce aux archives fragmentaires d'origine allemande. Je tiens à remercier tous les anciens de Rimont qui ont bien voulu nous confier leurs souvenirs, leurs témoignages. Enfin, il m'est impossible d'oublier I 'aide essentielle apportée dans le groupe de travail par Mme Monique CHARLES et par M. le Maire de Rimont, mon ami Pierre SOULA.

 

                                       Des témoignages peuvent encore modifier nos connaissance.

 

                                       Toute information sera la bienvenue d'où qu'elle vienne.

 

                                       Merci 

 

                                                    Claude DELPLA

                                                                                           Professeur agrégé d'Histoire

                                                                                           Ancien correspondant du comité d'Histoire

                                                                                           de la 2ème guerre Mondiale

                                                                                           Spécialisé dans l'histoire de la résistance

                                                                                           et de l'Internement.

Rimont,

 une des capitales de la Résistance Ariégeoise

 

                                        Le drame des 21 et 22 août 1944 apparaît comme l'aboutissement d'un ensemble d'événements survenus dans la région depuis l'occupation de I'Ariège par les troupes allemandes. En février 19213, le gouvernement de Vichy institue le Service du Travail Obligatoire (S.T.O.) qui oblige les .jeunes français, nés en 1920, 1921 et 1922, à aller travailler en Allemagne pour remplacer les Allemands mobilisés dans la wehrmacht.

 

                                        Beaucoup de jeunes refusent de partir, se cachent dans les campagnes et notamment, dans les régions forestières. lls deviennent des réfractaires. L,Ariège fourmille, alors, de ces groupes de réfractaires réfugiés dans des granges isolées, des hameaux abandonnés ou des chantiers forestiers. Ces premiers 'maquis" le plus souvent n'ont d'autre rôle que de cacher clandestins et fugitifs.

 

                                       Certains de ces groupes se retrouvent encadrés par des résistants, généralement plus âgés : militants politiques ou syndicalistes en fuite, évadés des prisons ou des camps d'internement français ou allemands, républicains espagnols employés par les Compagnies de Travailleurs Etrangers, juifs fuyant polices françaises et allemandes... Ainsi se constituent les premiers "vrais" maquis : ils déclenchent les premières actions de guérilla contre les représentants du Gouvernement de Vichy et contre les Allemands.  

Léon Balussou et la société Carborex

 

                                             Un militant communiste de Toulouse se trouvé à l'origine de la vocation résistante de Rimont. Léon BALUSSOU, typographe, est, avant la guerre, une figure marquante du Parti Communiste dans notre région. Secrétaire fédéral pour la Haute-Garonne et l'Ariège, membre du Comité Central du P.C.F., il réduit ses activités à la suite d'un accident d'auto en juin 1939. Grâce à un de ses amis, communiste de pailhès, Emile COUTIET, il s'installe en Ariège. ll loue une maison à Pailhès puis, de concert avec un socialiste marseillais réfugié aux Cabannes, Lucien VITRAC, il crée la société , Carborex. spécialisée dans la production de charbon de bois (on sait que le charbon de bois constitue alors,  faute d'essence, le principal carburant utilisé par les moteurs à gazogène). Cette société, basée à Pailhès et à Rimont, devient, alors, la meilleure couverture pour héberger et camoufler fugitifs, clandestins et résistants en danger (français, espagnols, ...).

 

                                          A Rimont, le gérant de "Carborex' se nomme "Jules LECLAIR,,. De son vrai nom Albert BUSA, ce Français de Tunisie, évadé du camp d'internement de Chibron, près de Marseille, assume le poste de responsable du Parti Communiste pour l'Ariège. Parfaitement intégré à la population Rimontaise, il s'occupe notamment d'une équipe de basket. En même temps, il a une vie clandestine parallèle. certains jours, il part et sillonne l'Ariège. Avec son ami Jean GAUDILLAT, ouvrier à la Moulasse à Saint-Girons, il met sur pied la première organisation des Francs tireurs et partisans (F.T.P.) en Ariège. 

Les premiers maquis

 

                                               Le 11 novembre 1942 les Allemands occupent l'Ariège à la suite du débarquement anglo-américain du I novembre en Afrique du Nord. Désormais, les premières actions contre les troupes d'occupation peuvent commencer. Le 6 décembre 1942, Jean GAUDILLAT accomplit le premier attentat anti-allemand en Ariège en faisant sauter le bureau de placement allemand de Saint-Girons. Albert BUSA, le g janviell943, organise un autre attentat qui détruit le bureau de placement de Pamiers. Le coup d'envoi de la guérilla a été donné.

                                              Toutefois le travail le plus important n'est pas lorcément le plus spectaculaire. BALUSSOU, BUSA et GAUDILLAT consacrent tout leur temps à la mise en place des premiers maquis F.T.P. A Rimont, BUSA s'appuie sur un de ses adjoints dans l'entreprise Carborex : Silvère JOULIA "Lenoir", originaire de Saint-Amadou, ex-cadre communiste à Sud-Aviation à Toulouse. A Castelnau, un maquis s'organise sous la direction de Pierre LACRABERIE. ll travaille pour l'entreprise NAVARRE, dans une carrière, en compagnie de Rémi FERTIER, futur commandant F.T.P. et d'Achille BOCHETTO, jeune communiste narbonnais, plus tard mortellement blessé au combat de Péreille (18 septembre 1943). Un autre groupe F.T.P. travaille dans les coupes de bois de Carborex, à Sentenac-de-Sérou (Saint-Thomas), à Eychartas, la Bartolle mais aussi tout autour de Rimont. ll y a là Roger THEVENIN "Alain", Raymond BEAUGARD, Alexis AUDEON "René", ancien combattant des Brigades lnternationales en Espagne (tué plus tard à Péreille), AIbert LABALLE, Georges TABAR "Fourest", futur lieutenant-colonel à Ia Libération.

                                               Castelnau et Rimont jouent le double rôle de centre de triage chargé de filtrer et de répartir les candidats au maquis et d'école des cadres des F.T.P. de I'Ariège (et de la région toulousaine). Dans l'été 1943, le maquis reçoit le renfort d'internés du camp du Vernet, évadés d'un groupe de travailleurs étrangers employés à la mine de phosphates de Castelnau. Parmi eux, un Russe Serge KIRILOV, un docteur juif roumain Moise SIGLER qui périt lors de la destruction du maquis de Camarade, par les Allemands (1 7 novembre 1943).

                                              Devant l'afflux des maquisards, un nouveau maquis se crée en vue de la formation des cadres. Le chef est Roger THEVENIN 'Alain", originaire du Jura. Ancien cadre du chantier de jeunesse de Castillon, il entre en contact avec Yvonne SOULA, postière à Rimont et déserte pour rejoindre les F.T.P. Le maquis s'implante en août au Pla del Lac, à Balès, (commune d'Esplas-de-Sérou), chez la famille de Jean SOUM  "Janirou". Puis en septembre, le maquis déménage tout près de Rimont, à Pla Pourqué (commune de Lescure), dans une ferme inhabitée. ll est aidé par la famille ROUCH de Salles.

                                                Ces maquisards rimontais participent à des actions de guérilla :

                                                - le 11 septembre 1943 ils opèrent un sabotage à l'usine de Pamiers.

                                                - le 17 septembre, un commando dirigé par BALUSSOU, BUSA et JOULIA enlève une tonne d'explosifs à la centrale éleckique d'Eylie près de Sentein.

                                                - le 30 septembre, un autre commando dirigé par BUSA, FERTIER, THEVENIN, attaque au passage à niveau d'Eycheil, un car de miliciens (presque vide) venu de Massat, à I 'occasion de la visite à Saint-Girons, de Philippe HENRIOT, le célèbre chef de file des ultra-collaborateurs parisiens et futur ministre de la propagande de Vichy. Le car est endommagé, le chauffeur est blessé. 

 

                                                -le 30 octobre, un commando dirigé par THEVENIN, attaque la mairie de Rivèrenert pour s'emparer des cartes d'alimentation, puis dévalise le bureau ds tabac du hameau du Lauch. La gendarmerie de Saint-Girons prévenue par téléphone déclenche une opération contre les maquisards avec I 'aide de la gendarmerie de Rimont. Une expédition s'organise pour attaquer les maquisards lors de leur descente vers Rimont. Les gendarmes ouvrent le feu sur les maquisards qui ripostent. Le chef de brigade de Saint Girons, un adjudant chef est blessé. Le maquisard Roger THEVENIN esi lui aussi blessé. Quant à Serge KIRILOV, il est arrêté par les gendarmes et emprisonné à Foix. ll sê fait passer pour un Belge. Condamné à la prison, il sera déporté et reviendra des camps de la mort. Revenu à Rimont, pour remercier Paul EYCHENNE et sa lemme pour l'aide qu'il lui avait apportée (vers 1975), il me conta la fureur 'anti-résistance' des gendarmes de Rimont qui obéissaient aux ordres du régime de Vichy comme des robots. ll ajouta, gue dans sa prison, un officier de gendarmerie était venu le voir et I 'avait discrètement félicité d'être l'un de "ceux qui sauvent  I'honneur de la France". L'officier avait ajouté :"Mais vous vous battez ou trop tard ou un peu trop tôt ! "

 

                                                  Après cette affaire qui fait grand bruit, le chef de brigade de Rimont est félicité par les autorités de Vichy et reçoit une récompense de 500 francs. Quant à Roger THEVENIN "Alain", le maquisard jurassien, il est soigné à Eychartas par son homonyme le docteur Roger THEVENIN de Rimont dont le dévouement est sans limite, et qui fut l'un des médecins du maquis de la Crouzette avec les docteurs LABRO et ENSALES.

                                                Toute la contrée reste sous haute surveillance pendant quelques semaines. Le maquis qui lait l'objet de recherches intensives de la part de la Gendarmerie, de la Gestapo et de la Milice, doit déménager près de Camarade à la ferme de Ponce. C'est là qu'il est encerclé et détruit par les Allemands le 17 novembre 1943. Roger THEVENIN "Alain' et trois autres maquisards, Jean GERAUD, André CHAUBET et le docteur roumain Moise SIGLER sont tués et brûlés dans l'incendie de la ferme de Ponce. Périssent avec eux deux jeunes de Camarade, Jean-Marie GROS et Alberto FAJARDO, fils et domestique de Camille GROS, ravitailleur du maquis qui est lui-même déporté.

                                                  Cette tragédie a poussé les responsables F.T.P. à davantage de prudence. Jusqu'au printemps 1944, les maquis de la région Castelnau-Rimont vivent au ralenti et ne se font plus remarquer.

 

                                                 Par ailleurs, il y a les maquis espagnols des guérilleros.

                                                 Très tôt (1941-1942) des espagnols sont employés dans les chantiers forestiers, les mines (Castelnau-Rivèrenert). L'entreprise "Carborex" en occupe beaucoup. Ces Espagnols réfugiés en France, en 1939, lors de l'écrasement de la République espagnole par les armées de FRANCO, ont connu les camps de concentration français (Le Barcarès, Saint-Cyprien, Argelès, Le Vernet d'Ariège...) et les compagnies de travailleurs. Main d'œuvre à bon marché, maltraités, méprisés, ils reconstituent dans les forêt et les montagnes une contre-société parallèle à la nôtre où ils reforment leurs partis politiques, leurs unités militaires du temps de la guerre d'Espagne. Pour tous ces Espagnols, il y a un but commun ; refaire leurs forces, vaincre I'Allemand nazi en combattant aux côtés des résistants français avant d'aller écraser le franquisme outre-Pyrénées et y rétablir la liberté et la démocratie.

 

                                                         Tous ces Espagnols se regroupent autour de trois ou quatre familles politiques :

 

                                                        - les communistes ont très tôt organisé une structures militaire destinée à la guérilla : le XIV' Corps de Guérilleros fondé en 1942 en Ariège et dans l'Aude sous la direction du commandant BIOS. Ses principaux maquis se situent dans la vallée de l'Ariège. La région de Rimont ne se structure qu'au printemps 1944. C'est alors que se mettent en place les premiers noyaux de ce qui sera, plus tard, le maquis de la Crouzette.

 

                                                        - les libertaires (ou anarchistes) sont les plus nombreux. Dispersés dans de multiples chantiers, ils constituent un potentiel énorme mais peu structuré. Leur antagonisme avec les communistes aboutit à des conflits et parfois à des affrontements (notamment dans l'été 1944).

 

                                                        - les trotskystes du P.O.U.M. (Parti Ouvrier d'Unification Marxiste) relativement proches des libertaires mais hais des communistes doivent rester discrets et sur leur garde. Peu nombreux en apparence, ils forment des groupes clandestins solides. L'un des principaux principaux maquis du P.O.U.M. se trouve à Rimont, dirigé par un certain MORGADES.

 

                                                         - les socialistes s'avèrent les plus faibles. Peu actifs, ils ne semblent pas avoir constitué des groupements particuliers.

 

                                                         Tous ces groupes de clandestins, de semi-clandestins ou de résistants en situation légale font que la région de Rimont-Castelnau possède une forte densité de population "maquisarde". 

Le maquis de la Crouzette

 

                                                  Au début de mars 1944, aux environs d'Aigues-Juntes, la direction de la 3" Brigade de Guérilleros Espagnols composée du commandant Angel MATEO, du commandant José ALONSO 'Robert"; chef d'état-major et de José ESTEVEZ "Montero", commissaire politique, décide de former un troisième bataillon de guérilleros dans le Saint-Gironnais. Le commandant Alfonso SOTO "el barbero" est envoyé pour diriger cette formation. Parti dans les environs de Rimont et de Castelnau avec une quinzaine d'hommes, il constitue ainsi le premier noyau du maquis de la Crouzette. Des embuscades s'organisent contre les patrouilles allemandes afin de récupérer des armes. Ainsi, le 20 mai, trois douaniers allemands sont tués à Ribaute-Kercabanac, près de Soueix.

                                                 Ce groupe espagnol est rejoint peu après par des Français. Dès la nouvelle du débarquement en Normandie débute la période d'insurrection générale. L'équipe des F.T.P. urbains de Saint-Girons, formée dès 1942, par Jean GAUDILLAT, se trouve dirigée par René PLAISANT et Roger ESTAQUE. Elle multiplie attentats, sabotages et distributions de tracts et de .journaux. Au 6 juin 1944, elle reçoit l'ordre de passer dans l'illégalité et se dirige le 9 juin au matin vers le maquis F.T.P. de Betchat, commandé par le capitaine Jean BLASCO "Max".

                                                 Malheureusement, le lendemain 10 juin 1944, c'est l'attaque du maquis de Betchat par des miliciens, des Allemands et entre autre des éléments de la division S.S. 'Das Reich". Pour éviter I 'encerclement, le maquis éclate et se disperse dans toutes les directions.

                                                 C'est ainsi que René PLAISANT conduisant une quinzaine d'hommes (ESTAQUE, DUPONT, PEBILLE...) se dirige sous la pluie, dans la nuit, vers le col de ta Crouzette. Un campement sommaire s'installe : c'est le "camp Georges LASSALLE" du nom d'un important responsable F.T.P. tué par les Allemands.

                                                 Les Français reçoivent l'aide des guérilleros situés près du col de Rille. Bientôt, comme I 'emplacement du col de la Crouzette s'avère trop élevé et trop éloigné, le maquis s'installe plus bas près de Rille, à côté des Espagnols. C'est alors que les groupes F.T.P. de la région de Rimont-Castelnau-Durban-La Bastide de Sérou, formés dès 1943 sous le couvert de l'entreprise "Carborex", reçoivent l'ordre de monter au maquis. Parmi eux, figure un militant communiste toulousain Albert LABALLE membre de l'équipe "Carborex".

                                                 C'est ainsi que naît le maquis français de la Crouzette, d'abord Troisième Détachement des F.T.P. de l'Ariège, plus tard 3102" Compagnie F.T.P. Le triangle de direction se constitue ainsi : Responsable Militaire (Commissaire aux Opérations :C.O.) : René PLAISANT dit "Jean LACOURT" ;Responsable Politique (Commissaire aux Effectifs : C.E.) :Albert LABALLE dit "Larrieu" ou "Lepetit' ; Responsable Technique (C.T.) : Roger ESTAQUE dit "Marquet".

                                                 Les guérilleros ont pour direction : le commandant SOTO, son adjoint Fidel PUERTO dit "Burgos", "Bisbal" ou "Commandant Ramon". Le Commissaire Politique se nomme Alfonso MOHEDANO "Moreno'.

                                                   Des sabotages ferroviaires ont lieu à Ségalas, des coups de main sont organisés. Le 16 juin, un certain nombre de cadets de l'Ecole d'enfants de troupe d'Audinac rejoint le maquis. Le 2l juin, un coup de main sur Audinac permet de récupérer des uniformes. Le 26 juin, un car est attaqué à l'entrée de Castelnau-Durban ; un Allemand qui refuse de se rendre est tué. Le l",juillet à la suite d'une embuscade et d'un sabotage qui endommage un véhicule blindé allemand non loin de Rimont, les troupes allemandes incendient le hameau de Calibère. Quatre otages sont pris et bastonnés : Gabriel PIZARD, Louis SOULA, Jean-Marie SOULA et Gaston MICHEL. Emprisonnés à Foix au siège de ta Gestapo, ils ne seront relâchés que quelques jours plus tard en piteux état.

                                                           Le 27 juin, une colonne allemande appuyée par une chenillette monte jusqu'à Cuilléré. Quelques rafales de mitraillette la font reculer. Elle n'insiste pas.

                                                           Le 14 juillet, au carrefour de Rille, une prise d'armes a lieu, réunissant F.T.P. et guérilleros. Les habitants des villages environnants viennent à cette fête et portent du vin et des victuailles. Le 1 9 juillet, les Espagnols commémorent l'anniversaire de la Révolution de 1936 lorsque les républicains ont riposté au soulèvement de FRANCO. Le maquis s'équipe d'un réseau téléphonique qui relie les deux camps français et espagnols et ceux-ci avec les avant-postes. Le maquis est même ravitaillé en électricité, ce qui permet d'avoir des postes de radio. Le maquis français a même son journal 'Libération' dont le rédacteur en chef est Robert BIRNBAUM dit "Jules Lefebvre".

La bataille de la crouzette (21 iuillet 1944)

 

                                                          Au matin du 2l juillet, le maquis est attaqué de tous côtés. ll s'agit d'une vaste opération dirigée par I'lntendant Régional de Police de Toulouse (une sorte de préfet de police) MARTY secondé par le chef de la Milice de la Haute-Garonne et de l'Ariège. Trois détachements allemands interviennent : au nord, le premier remonte de Rimont vers Rille ; à I 'est le second vient de la Tour LAFFONT ; au sud, le troisième grimpe de Biert vers Encenou et le col de la Crouzette. Un détachement de miliciens venu de Soulan, progresse vers Las Cabesses. Dans la vallée du Nert, un autre détachement de miliciens est renforcé par un groupement de Waffen SS allemands et français où se sont intégrés les commandos du P.P.F. (Parti Populaire Français) de Saint-Girons. Enfin, il y a un contingent de G.M.R. (Groupes Mobiles de Réserve) de la formation "Navarre' connue pour son rôle dans la répression des maquis des Glières en Savoie. lls se contentent d'observer et ne dépassent pas Rivèrenert. Leur mission est de prévenir les exactions de la Milice et des Allemands contre les civils.

 

                                                           Le combat particulièrement violent dure de I heures à 18 heures. Les Français n'ont que des Mauser et des mitraillettes. Les Espagnols possèdent un fusil-mitrailleur. L'infériorité en armes est criante. Dans les combats, se distinguent les groupes DUPONT et JOURNES du côté de Las Cabesses, les groupes PERREAU et RUBIO du côté de Rille. Par leur résistance acharnée, les maquisards parviennent à freiner la progression de I 'ennemi, ce qui donne le temps de camoufler ou de détruire le matériel : les camions sont incendiés. En fin d'après-midi, les Allemands s'emparent du P.C. espagnol. C'est alors que I 'ordre général de repli est donné vers le nord-est, vers Sentenac de Sérou par la piste de Béllissens ignorée des cartes.

 

                                                         Grâce au brouillard, à la nuit et à la connaissancê du terrain, les maquisards traversent le dispositif d'encerclement de I'ennemi.

 

                                                        Le bilan de la journée est un échec cinglant pour les forces de répression. L'intendant MARTY publie un communiqué de victoire annonçant la mort de dix maquisards. En fait, les pertes s'avèrent légères: un guérillero semi-légal Bruno SANCHEZ HERRERO qui dormait dans une grange d'Encenou, se fait tuer en montant rejoindre le maquis. A Pombole (Esplas de Sérou), un avocat polonais juif Henri SZWARC, réfugié là se fait tuer, lui aussi, en essayant de remonter vers Rille où se tenait le maquis. Deux guérilleros sont par ailleurs blessés.

 

                                                         Les miliciens, furieux de leur échec, pillent les hameaux de Rougé et de Las Cabesses. Ce dernier village est incendié. Seize maisons et dix bâtiments sont détruits. Par ailleurs, les Allemands incendient les fermes de Rille et des Courets, abattent les troupeaux et s'emparent des carcasses.

 

                                                         Le maquis gagne Esplas de Sérou, passe par Ségalas et se réfugie près de Camarade. A la fin juillet, il regagne son ancien emplacement. C'est de là qu'il part pour libérer Saint-Girons.

La terreur sur le pays rimontais

 L'assassinat de Paul Laffont et du docteur Labro

                                                      

                                                        La présence du puissant maquis de la Crouzette conforté par le maquis de La Bastide de Sérou, gêne considérablement les Allemands et leurs auxiliaires français. L'axe routier Saint-Girons - Foix devient de moins en moins sûr. Outre les divers services de police allemands (Gestapo, S.D., Abwehr) on a créé des organismes de ré- pression supplémentaires. En juin ou juillet 1944,|e général LOTTNER, commandant en chef des services de douanes allemands en France vient à Saint-Girons et forme un commando spécial d'une vingtaine d'hommes provenant de la douane , destiné à coopérer étroitement avec la Gestapo et la Police de sûreté allemande (S.D.). La direction est confiée au capitaine des douanes DREYER qui fait régner la terreur à Saint-Girons et dans le Couserans. A la mort de DREYER, tué lors de la bataille de Saint-Girons le 20 août 1944, la direction échoit au capitaine des douanes RANZINGER.

 

                                                       Une autre unité spéciale est mise sur pied avec des Français. Le Parti Populaire Français de Jacques DORIOT parti fasciste français le plus puissant et le plus célèbre, connaît à Saint-Girons un certain succès grâce à l'action, à la détermination et à la folie meurtrière d'un industriel papetier devenu ivre de l'éphémère pouvoir acquis à I 'ombre des baïonnettes allemandes. Cet industriel, comme ailleurs en France, crée un commando armé de "policiers"-tueurs, baptisé "Groupe d'Action et de Justice Sociale,' (G.A.J.S.). Ce commando sème la terreur, arrête, torture, pille, brûle, saccage, assassine impunément, dépassant souvent en "efficacité" la Gestapo elle-même.

 

                                                       Exaspérés par l'omniprésence de la Résistance et des maquis dans la région de Rimont-Castelnau, Allemands et collaborateurs français lancent leurs commandos sur le pays rimontais comme on lâche une meute de chiens.

 

                                                       A une date inconnue mais qui doit se placer en juin ou au début juillet, un commando allemand dirigé par le terrible BERKANE, l'auxiliaire français de la Gestapo de Saint-Girons, vient à deux pas de Rimont, à Montségu, tout près de la route menant à la Crouzette. Deux inconnus sont fusillés dans les broussailles. Leurs corps ne seront retrouvés par hasard, que le 2l août 1944, par des Rimontais fuyant l'incendie. On n,a pu les identifier. On peut supposer que cette exécution a eu pour but de venger une action meurtrière du maquis. Dans ce cas, il peut s'agir du coup de main du maquis du 26 juin à I 'entrée de Castelnau, aboutissant à la mort d'un soldat allemand, ou alors de I 'attentat du 1e' juillet contre une colonne allemande qui entraîne, en représailles, I 'incendie du hameau de Calibère. Les deux inconnus pourraient être des Espagnols.

 

                                                      L'incendie de Calibère exaspère les passions. Une atmosphère de guerre civile plane sur Rimont et les environs. Une minorité semble hostile au maquis. Le soir de I'incendie de Calibère, le maire de Rimont nommé par le gouvernement de Vichy, en remplacement du maire élu radical Jean CLAUSTRES, proche du sénateur LAFFONI sillonne le village avec un tambour et faisant allusion à l'embuscade contre le convoi allemand qui a lait deux morts chez les Allemands, répète à la population le message suivant: ,Sl semblable événement se reproduit  à Rimont, Rimont sera brûlé. L'armée allemande ne prendra aucun risque, ce sera I 'aviation qui fera le travail". Telles sont alors les menaces allemandes.

 

                                                          Sur Rimont plane I 'influence invisible et discrète de Paul LAFFONT qui, en 1939, à la veille de Ia guerre apparaît comme I 'homme fort de l'Ariége. Député, puis sénateur, Secrétaire d'Etat des Postes Télégraphes et Téléphones (en fait, le premier en date, des ministres des Postes), Paul LAFFONT couronne sa carrière politique départementale en devenant, au début de 1939, Président du Conseil Général de l'Ariège. Comme la plupart des radicaux, le 10 juillet 1940, Paul LAFFONT vote les pleins pouvoirs au Maréchal PETAIN. ll ne reste pétainiste que quelques mois. Les mesures raciales et racistes, antidémocratiques prises par Vichy qui supprime peu à peu les libertés publiques et individuelles amènent Paul LAFFONT à se retirer des affaires politiques. Refusant les postes officiels proposés, il se voit destitué de Président du Conseil Général. Beaucoup de ses amis, comme le maire de Rimont, Jean CLAUSTRES, sont à leur tour destitués. Le groupes des laffontistes, peu à peu, prend une attitude d'indifférence, puis de désapprobation à l'égard du gouvernement de PETAIN et de LAVAL. En mauvais terme avec les socialistes, ses adversaires de toujours, et avec les gaullistes qui ne lui pardonnent pas son voté du 10 juillet 1940, Paul LAFFONT sê retrouve relativement isolé. Après l'occupation de l'Ariège par I 'armée allemande (11 novembre 1942),l'ancien ministre n'hésite pas à s'engager. En 1943, il souhaite adhérer aux Mouvements Unis de Résistance (M.U.R.) qui regroupent les mouvements Combat, Franc-Tireur et Libération. Une réunion clandestine se tient à Foix, au cours de laquelle la candidature de Paul LAFFONT est défendue par Jules AMOUROUX, responsable départemental de Franc-tireur. La majorité des résistants refuse cette adhésion. Paul LAFFONT reste à l'écart. Lorsqu'en juin 1944 se constitue le maquis de la Crouzette, Paul LAFFONT prend des contacts avec les responsables du maquis dont il sait parfaitement qu'ils sont communistes. A trois reprises, il leur fait remettre une importante somme d'argent pour subvenir aux besoins du maquis.

 

                                                        La Police allemande et ses auxiliaires français surveillent Paul LAFFONT. Certains imaginent que le sénateur pourrait être le chef, I 'instigateur de toute cette résistance qu'ils craignent et connaissent mal. Une opération d'infiltration de la Gestapo dans un groupe de résistants de l'Organisation de Résistance de I 'Armée à Pamiers réussit à piéger le sénateur Joseph BAMBAUD qui est déporté à Buchenwald. Les agents de la e Gestapo essaient alors de piéger Paul LAFFONT. Deux inconnus se prétendant responsables de la Résistance se présentent à la Vignasse, chez l'ancien ministre, lui présentent une lettre d'introduction de RAMBAUD et l'invitent à se joindre à leur organisation de résistance. Méfiant et rusé, Paul LAFFONT refuse tout engagement, explique qu'il s'est complètement retiré de la politique et manifeste une certaine hostilité à l'égard de la Résistance. Les visiteurs sont rapidement conduits. Après leur départ, le sénateur demande à la brigade de gendarmerie de Rimont d'identifier le numéro de la voiture des deux inconnus. Une heure après, il est fixé, c'était la police allemande. Paul LAFFONT sait que désormais sa vie est en danger. Du côté de la police allemande et du P.P.F., c'est la rage. lls décident d'agir de nouveau. L'occasion leur est donnée par les événements. Les actions répétées du maquis, I'assassinat du ministre de la propagande de Vichy, Philippe HENRIOT (26 juin), exaspèrent les tueurs de Saint-Girons. Pour marquer à leur manière le | 4 juillet, fête d'une république qu'ils haïssent, ils décident de tuer Paul LAFFONT. Pour venger le ministre de Vichy, n'est-il pas nécessaire de sacrifier un ministre de la 3. République ?

 

                                                     Le 13 juillet, de bon matin, le commando du P.P.F. formé de Français mais aussi d'un italien et d'un Allemand sarrois se présente au château de la Vignasse, chez Paul LAFFONT. Très vite, l'ancien ministre est mis sur une camionnette et amené vers une destination inconnue. Une partie de la bande reste à la Vignasse, pille et saccage. Le bruit de la présence du commando se répand dans Rimont. Le docteur Léon-Charles LABRO, ami de Paul LAFFONT, accourt imprudemment aux nouvelles. ll est arrêté à son tour et, peu après, entraîné, lui aussi, vers une destination inconnue. Les corps des deux malheureux sont retrouvés séparément, plusieurs jours après, sur le territoire de la commune de Lescure, LAFFONT à Augère, LABRO à Soueix de Las Barthes. L'enquête de police montre que les deux hommes ont été malmenés, frappés, suppliciés avant d'être tués. Les lueurs du fameux Groupe d'Action de la Justice Sociale identifiés et arrêtés après la Libération seront condamnés à mort pour tous leurs forfaits et fusillés à Saint-Lizier le 2 septembre 1944. Parmi eux se trouve un châtelain de Lescure qui a, peut-être, indiqué les lieux d'exécution.   

             

                                                    L'affaire a écœuré et horrifié l'Ariège et la région entière. La Milice, qui, pourtant, coopère avec les Allemands dans la répression contre la Résistance, aide la police judiciaire et permet même d'identifier rapidement les criminels.

La répression du maquis contre les collaborateurs

 

                                          Le débarquement du 6 juin en Normandie donne le signal de l'insurrection

générale contre I 'occupation allemande. Les maquis font le maximum pour gêner I'armée

allemande et pour retenir, près des Pyrénées, le plus possible de troupes dans le but de

les éloigner du front de Normandie.

 

                                        Les Allemands redoublent d'efforts, arrêtant, déportant, torturant, fusillant à tort et à travers et, parfois, à bon escient. La Gestapo, la Milice, le P.P.F. tissent tout un

réseau d'informateurs, d'indicateurs, d'agents de renseignements et, notamment, à la

périphérie des maquis. lls réussissent même à infiltrer de faux maquisards dans le maquis

de la Crouzette. L'un d'eux, enfui lors de l'attaque du 21 juillet sera jugé et condamné

après la Libération. Dans la région qui va de Rimont à La Bastide, les Allemands disposent

de précieuses sources d'information : à La Bastide, le percepteur, officier de la Milice,

a constitué un important groupe de miliciens dans le canton. Certains occupent des

positions importantes dans l'administration locale ou l'économie. Certains sont maires,

d'autres secrétaires de mairie.

                       Les services de renseignements de la résistance bénéficient de I 'aide des postiers, des centres téléphoniques, des facteurs et d'un certain nombre de maires ou de

secrétaires de mairie (comme Germain BARBE à Castelnau- Durban) qui détectent les

relations suspectes, les attitudes équivoques. Dès le mois de juin, des informateurs, des

délateurs se font enlever et exécuter par le maquis : un à Montégut-Plantaurel, trois à

Esplas, deux à Rivèrenert. En juillet, c'est le tour de deux agents ennemis près du Mas

d'Azil (Maury), de deux informateurs à Aigues Juntes, d'une délatrice à Loubens...

On ne doit pas oublier qu'en ces mois de juin, juillet et août 1944, le front

intérieur de la Seconde Guerre Mondiale passe par I 'Ariège, que cette lutte entre les

maquis et les Allemands et leurs auxiliaires français, c'est tout simplement la guerre avec

sa logique, ses lois, ses règles élémentaires. Toute armée cherche à éliminer les adversaires

qui s'infiltrent dans ses lignes et, à plus forte raison, ses propres ressortissants qui

acceptent d'espionner au profit de I 'ennemi. Certains Ariégeois, aveuglés par leurs partis pris

politiques ou leurs amitiés ont perdu alors la notion des réalités, ont oublié qu'il y avait

des limites à ne pas franchir. Curieux aveuglement qui, au moment où les troupes alliées

et les premiers contingents de I 'armée de la France Libre prennent pied en Normandie,

pousse certains esprits entêtés à parier sur la victoire hitlérienne ! Alors que tout le monde

comprend que l'Allemagne a vraiment perdu la guerre et que le régime de Vichy vil ses

derniers jours, quelques uns vont à contre courant, incapables de voir plus loin que les

limites de leur canton ou de leur commune, attachés à leur dérisoire pouvoir.

Dès l'annonce de l'enlèvement de Paul LAFFONT et du docteur LABRO,

l'état-major des maquis se réunit à Rille. Craignant que ces enlèvements ne soient le

début d'une vague de terreur aveugle contre des résistants ou des personnalités condamnant

le régime de Vichy et la terreur nazie, les chefs du maquis décident de riposter

en enlevant les principaux collaborateurs avérés de Rimont à La Bastide de Sérou. Une

liste des suspects doit être fournie dans les quarante huit heures par les services d'information

des villages concernés. La précipitation inévitable de telles circonstances entraîne

quelques erreurs explicables par la puissance des rumeurs dans une période où la seule

information qui circule, va de bouche à oreille.

Dans Ia soirée du 15 juillet, les équipes des trois maquis de La Bastide de

Sérou (Armée Secrète) et de la Crouzette (guérilleros et ET.P.) lancent un coup de.filet dans tout le pays. Plus de vingt affectations sont faites. Quelques uns se retrouvent en

liberté avec des excuses. A Montseron, une tragique erreur se produit : les maquisards

venus arrêter quelqu'un se trompent de maison et tuent un résistant, Joseph PEDOYÂ.

Les onze personnes les plus suspectes sont interrogées, jugées par le tribunal du maquis

et exécutées au col de Rille. Parmi elles, il y a des erreurs manifestes (un instituteur

communiste à Castelnau !) ou des cas de délation malveillante. Toutefois, quelques vrais

dénonciateurs paient de leur vie leurs dangereuses activités.

L'assassinat de Clovis Dedieu (4 août 1944)

 

                                      Clovis DEDIEU, joueur de rugby célèbre, boucher et restaurateur à

Castelnau-Durban, s'est engagé très tôt dans la Résistance. Ravitailleur des nombreux

groupes de réfractaires des environs, il consacre son temps à l'hébergement des fugitifs,

au camouflage de tous les clandestins. ll est bientôt lié à tous les groupes de résistance

de la région. Notamment, il aide le maquis de la Crouzette et surtout le renseigne.

ll appartient aussi à l'équipe qui a aménagé le terrain de parachutage d'Unjat.

 

                                       Le 2 août 19214, à huit heures, il est arrêté par la Milice et incarcéré à la caserne de la Milice à Foix. C'est alors, l'enfer. Le malheureux est aux mains d'une équipe de miliciens spécialisés dans la torture. ll subit quatorze heures de torture et meurt, sans avoir parlé, le 4 août, à 17 heures 30, dans la villa du boulevard Alsace-Lorraine dont les caves servaient à "questionner" les malheureux résistants. Enterré, de nuit, dans un champ près de Prayols, il n'est identifié que le 9 août. Cette mort atroce finit d'exaspérer l'opinion et bouleverse bien des consciences.

L'aube de la Libération : la bataille de Saint-Girons (20 aout 1944)

 

                     Le débarquement des Alliés, en Provence, le quinze août, donne le signal de la Libération en Ariège. Les 17 et l8 août, ce sont les libérations faciles de Lavelanet et de Pamiers désertées par les Allemands. Le 19 août, les guérilleros libèrent Foix après plusieurs heures de combat contre la garnison allemande. Le maquis de la Crouzette arrive trop tard pour participer aux combats. Le lendemain,20 août, un dimanche,

le maquis de la Crouzette entreprend la libération de Saint-Girons. Les troupes allemandes

se regroupent dans deux réduits, le collège et le château de Beauregard résidence

habituelle du capitaine DREYER, l'un des chefs de la Gestapo. Dans les combats, sont

tués le chef du maquis français Bené PLAISANT et le capitaine DREYER, sorti imprudemment dans la rue, au Champ de Mars, pour installer une mitrailleuse. Vers midi, alors que les réduits allemands fléchissent et semblent sur le point de se rendre, une longue

colonne de camions chargés d'Allemands arrive par la route de Boussens, à la hauteur

de Saint-Lizier. Un petit groupe de la 3102 Compagnie F.T.P. (la Crouzette) placée au

dessus de la route entre la gare et Saint-Lizier entre en contact avec la colonne qui, par

méprise, tire sur le poste allemand de Saint-Lizier. La colonne reste bloquée à I'entrée de

Saint-Girons tout l'après-midi. inférieur en nombre, le groupe F.T.P. décroche vers I'ouest

de la ville. Vers 18 heures, la colonne prend contact avec la garnison allemande qui se

trouve délivrée. C'est là que l'on découvre que la colonne est composée de centaines de

'Mongols" encadrés par des officiers allemands. Saint-Girons connaît dans la soirée du

20 août une situation confuse et tragique. Des pillages, des viols sont commis. Quelques

incendies s'allument. Plusieurs groupes d'otages sont pris. Plusieurs civils sont abattus

dans les combats.

 

 

                        Le maquis de la Crouzette, dès qu'il s'est rendu compte que les nouveaux

arrivants étaient nombreux et.supérieurs en armement, décide d'évacuer la ville pour éviter un carnage. Dans cette libération manquée, le maquis français a perdu son chef René PLAISANT et deux maquisards. montés au maquis depuis peu Marcel OURSEL et Jean EYCHENNE originaire d,Esplas de Sérou. Un nouveau chef du maquis est désigné : Marcel COUMES "soum", originaire de Rivèrenert. Fatigués, morts de sommeil, les maquisards remontent.à Ia crouzette pour se reconstituer, déçus et amers de l'échec rencontré et de la disparition de leur chef.

La Légion du Turkestan

 

                         La colonne ennemie arrivée de façon imprévue à Saint-Girons dans l'après-midi du 20 août 1944 surprend les maquisards et terrorise les populations civiles.

En quelques heures, en quelques jours, les "Mongols, deviennent tristement célèbres.

Leur nom évoque l'épouvante et la barbarie. L'Ariège connaît, en aout 1944, une sorte de "Grande Peur" qui répercute de village en village la même phrase : ,Les Mongols arrivent !"

 

                        Tout d'abord, ces envahisseurs de la dernière heure ne sont pas des Mon- gols, bien qu'il ait pu exister dans notre région un petit contingent de vrais Mongols originaires de la petite république de TOUVA entre la Mongolie et l'U.R.S.S. ces soldats jaunes, aux yeux bridés, aux pommettes saillantes, sont des habitants du Turkestan soviétique. Ils appartiennent aux minorités nationales de l'U.R.S.S et sont Ouzbeks, Turkmènes, Kirghises, Kazaks et Tadjiks. Quelques uns viennent des minorités jaunes de la moyenne ou de la basse Volga comme les Bachkirs, les Tchouvaches, les Tatars et les

Kalmouks. En grande majorité, ils parlent des langues turques. A part quelques bouddhistes

(les Kalmouks) ces peuples sont musulmans.

Faits prisonniers sur le Front de l'Est, ces hommes ont eu à faire un choix

très simple : ou bien mourir de faim dans les camps de prisonniers soviétiques (une fois

par semaine on leur donne quelques camionnées de betteraves) ou bien s'engager dans

l'armée allemande et survivre. un soldat "turkestan" prisonnier déclare "qu'il s'est engagé dans la wehrmacht seulement pour avoir un meilleur ravitaillement et de meilleures conditions de vie".

                           c'est ainsi que ces hommes venus d'Asie centrale se retrouvent dans

une unité supplétive de I'armée allemande, la Légion du Turkestan. Des centres triage

s'installent en Pologne et en ukraine. utilisée sans grand succès contre les partisans soviétiques, la Légion semble avoir connu de nombreuses désertions, aussi, a l'automne 1943, on la transfère en France, vouée à des tâches d'appoint, de soutien, de gardiennage ou à la lutte contre les maquis. Les premiers contingents semblent séjourner en Haule-Loirê et, surtout, à la cavalerie, au camp du Larzàc (Aveyron). leur formation terminée, ils rejoignent Albi, siège de la Légion que commande le colonel MACHTS avec le deuxième bataillon. Le premier bataillon arrive à Saint-Gaudens le 29 juin. ses divers éléments se répartissent dans la région, notamment, à Saint-Marcet et Boussens où ils gardent le gisement de gaz et l'usine pétrolière exploitée par les Allemands. on les utilisa parfois contre les maquis, notamment contre le maquis d'Arbas. ce premier bataillon à pour commandant le major Theodor SCHÔPPLEIN, 41 ans, originaire de Heidelberg, intendant d'hôpital. ce bataillon intitulé "groupe d,action SCHÔPPLEIN comporte cinq compagnies commandées respectivement par le lieutenant HELFER (1er), le lieutenant Joachim SCHERHAG (2e), le lieutenant Hans MARX qui remplace le lieutenant HARWARDT blessé (3e), le lieutenant ROEHRS (4e) et le lieutenant Kaus HARMS (5e)

                      Cette troupe peu sûre est étroitement surveillée par des Allemands qui

les encadrent et par des "Turkestans" collaborateurs, auxiliaires de la Gestapo. Les Allemands ne semblent pas avoir réussi à utiliser leurs sentiments "nationalistes"anti-russes

ou anti-communistes. Comme la confiance ne règne pas, l'encadrement reste aux mains

des Allemands. Quelques "Turkestans" accèdent au grade de sous-officier ou de lieutenant.

De plus, une cellule communiste clandestine fonctionne à l'intérieur du bataillon et

il existe même une organisation de résistance 'TCHORNEÏ  VORON" ("Le corbeau noir",

allusion à une célèbre comptine russe). Ce réseau de résistance, dirigé par un sous officier

tatar, Wagisow JUCHJA, constitué sur le Front de l'Est, a organisé, grâce à des

mots de passe, des désertions de soldats "turkestans' vers les lignes tenues par I 'Armée

Rouge. Après le transfert en France, le réseau aiguille les déserteurs vers les maquis. ll

est à noter qu'aucun de ces militants de 'Corbeau noir' n'a jamais été dénoncé. Un chef

de groupe 'turkestan" confesse (bien avant la Libération) 'qu'il ne combattra jamais pour

l'Allemagne, qu'au contraire, il aura une bonne chance de regagner la Russie après I 'arrivée

des Américains en France". En somme, la Légion s'avère une unité peu fiable.​

Le reste de la colonne

 

                                 Au noyau principal du premier bataillon de la Légion du Turkestan, plusieurs formations se joignent au fur et à mesure du tra.iet. Le 19 août, le bataillon

SCHÔPPLEIN quitte Saint-Gaudens pour Boussens. Le 20 août nouveau départ pour

Saint-Girons et Foix où il s'agit de rejoindre la garnison avant de poursuivre sur Carcassonne, Narbonne et la vallée du Rhône.

 

                               En passant à Boussens puis à Saint-Girons, le bataillon SCHÔPPLEIN

prend avec lui :

                              1°) Le personnel et les gardiens de l'usine pétrolière de Boussens qui

appartiennent à la société allemande Kontlnental Oel avec leur chef HOOGE.

                              2°) Un groupe de fonctionnaires de l'Organlsatlon Todt (le Service du

Génie Militaire).

                             3°) Les douaniers du Servlce de Survelltance de la Fronttlère

(Zollgrenzschutz) de Saint-Girons, au nombre de trois cents avec leur chet, le commandant

Robert PIERSIG qui dirige toute la lrontière pyrénéenne. Nous avons vu qu'à I'intérieur

de I'unité existe un commando spécial lié à la Gestapo, d'abord dirigé par le capitaine

DREYEFI (tué le 20 aoÛt à Saint-Girons) puis par le capitaine RANZINGER, tous

deux nazis fanatiques. PIERSIG, qui passe tout son temps en inspections des postes

frontières, ne contrôle plus la douane de Saint-Girons, passée aux mains des nazis les

plus fanatiques. Après sa capture, il estimera que "tous les membres de la Gestapo doivent

être fusillés ".

                              4°) Sept secrétaires et infirmières des servlces admlnlstratlfs.

                              5°) Les membres de la Gestapo de Saint-Girons : Horst HEBESTREIT,

Walter GROSSLE (ou GROSS), Helmut JOHN l'interprète sarrois, l'italien RlGlNl...

                              6°) Le groupe des ultra-collaborateurs de Saint-Girons : membres du P.P.F.,

miliciens, Waflen SS, autrement dit "la Gestapo française'. lls figurent tous dans la colonne

sous uniforme allemand.

Pourquoi Rimont ?

 

                                    La destruction de Rimont n'a pas été l'effet du hasard. Les services de

renseignements allemands considèrent, depuis longtemps, ce village comme un foyer de terroristes. En 1943, c'est à Rimont qu'habite le responsable départemental du parti communiste

Albert BUSA. En 1944, le pays Rimontais apparaît comme l'un des principaux

foyers de guérilla. Lorsque la colonne arrive à Saint-Girons, elle se grossit de la garnison

de Saint-Girons et du contingent des ultra-collaborateurs. ces derniers ne manquent pas

de mettre le commandant SCHÔPPLElN, au courant des dangers qui I 'attendent entre

Saint-Girons et Foix et, notamment, dans le voisinage du maquis de la crouzette. Les

troupes du bataillon ont participé à plusieurs reprises à des opérations de contre-guérilla

ayant abouti à des incendies de villages, à des exécutions de civils : La Baderque, Héran

(Haute-Garonne), Rouffignac (Dordogne). ll semble bien, qu'avant de quitté Saint-Girons,

l'éventualité d'incendier Rimont et d'autres localités est envisagée.

                                     La colonne, avant d'entrer à Saint-Girons, s'est arrêtée, aux environs de Lorp. Là, le commandant fait détruire par le feu tous les objets non indispensables : provisions, vêtements, linge personnel, objets privés. Les véhicules se consacrent au transport du matériel et du ravitaillement. Le point faible de la colonne vient du matériel de

transport très vulnérable. Le plus petit défilé, le moindre encaissement de la route devient

un danger mortel. La solution la plus simple n'est-elle pas la terreur ? Le terrain sera libre

et l'avance de la colonne plus rapide. En tout cas, Rimont semble obséder la colonne

SCHOPPLElN. En arrivant à Lescure, les hommes de tête demandent avec inquiétude si

c'est déjà Rimont

La bataille de Rimont (21 août 1944)

La défense de Rimont

                             Les maquisards qui évacuent Saint-Girons, le soir du 20 aout 1944, ont aucune idée de l'ampleur de la colonne qui vient d'arriver au secours de la garnison

allemande. seul le groupe français isolé à l'ouest de la ville a pu constater l'importance

des effectifs. Ceci explique I 'ignorance dans laquelle on est tenu longtemps. On est persuadé que le renfort allemand est relativement faible. N'oublions pas que les communications téléphoniques sont difficiles ou impossibles en raison de multiples sabotages opérés par la Résistance. Quand le maquis repasse par Rimont pour revenir à la crousette se reposer un peu et attendre des renforts et des munitions, il se contente de prier les milices patriotiques du village d'être sur leurs gardes et de rester en alerte.

 

                            Jean FARRAS, chef des milices patriotiques de Rimont installe sa vingtaine d'hommes fort mal armés à l'entrée du village, croyant avoir affaire à quelques dizaines d'Allemands seulement. ll est rejoint par une quinzaine de guérilleros et F.T.P. venus de la Crouzette qui disposent d'un fusil mitrailleur. lls s'installent sur la colline de Castillon qui domine la route. six des guérilleros partent en camion en éclaireurs vers Lescure. lls sont suivis par une camionnette de la Croix-Rouge conduite par le fuxéen Jean STAHL venu chercher des blessés qui se trouvent à Audinac, près de Saint-Girons. "Je suis

stoppé, dit-il, à l'entrée de Lescure par des Espagnols qui me font de grands gestes, ils

semblent être pris de panique, tirent des coups de feu en se repliant, envoient leur camion

dans le fossé et s'éparpillent en courant dans la nature". caché dans une ferme voisine,

Jean STAHL voit "une colonne allemande dont les officiers sont en train de lire la carte".

Reparti vers Rimont, le groupe de la Croix-Rouge signale la présence de la colonne aux

milices patriotiques. surtout, il s'agit, au plus vite, d'enlever drapeaux et banderoles car

Rimont s'apprête à fêter la Libération. un paysan des alentours vient d'arriver dans le

village : il amène la vache qui doit être sacrifiée pour cette fête. Le garagiste paul

EYCHENNE, placé en observation, aperçoit, vers g heures, la colonne allemande. sans

voir la queue du convoi, il compte quarante quatre camions. La situation est grave : il y a,

peut-être, deux mille hommes.

                          Aussitôt, FARRAS donne l'ordre d'évacuation du village et une grande partie

de la population se cache dans la campagne. Malheureusement, les gendarmes (en très

mauvais termes avec les résistants) viennent de recevoir un message leur annonçant I'arrivée d'un groupe de quinze Allemands. Le chef de la brigade de gendarmerie et ses

hommes passent dans les maisons pour demander aux gens de ne pas sortir et de s'enfer

mer chez eux. Beaucoup de personnes âgées préfèrent attendre les événements chez

elles. Une partie des Rimontais va se trouver prise au piège dans le village.

 

                           Le petit groupe des défenseurs de Rimont qui a eu le temps d'édifier une

barricade sur la route, engage le feu, ainsi que les défenseurs de Castillon, quand l'ennemi

se trouve à portée. Les premiers camions touchés, les Allemands sont arrêtés et

renoncent à leur entrée dans Rimont par la route. Avec leur faible armement, les milices

patriotiques tiennent jusqu'à 11 heures puis se replient car les munitions manquent.

 

                           FARRAS et ses hommes tiennent quelque temps dans la gendarmerie puis

se replient vers Calibère.

 

                           Pendant ce temps, le commandant SCHÔPPLEIN installe son état-major à

deux kilomètres de Rimont, à la Fontaine de Marie. Mais bien avant d'atteindre Rimont et

d'être accrochés par ses défenseurs, les Allemands ont entrepris une manœuvre classique

: ils vont déborder Rimont par les ailes puis l'encercler.

L'incendie et les violences

              Un groupe d'Allemands entre dans le village par le nord-ouest en suivant la

colline qui borde sur la gauche la route nationale. Un autre groupe tourne la colline au sud-ouest pour neutraliser les défenseurs de Castillon qui ont décroché à temps vers le tunnel.

La défense des maquisards tient bon sur la colline de la Serre. Vers 11 heures 30, la plus

grande partie du village est aux mains des envahisseurs. La 5'Compagnie de la Légion du

Turkestan force le passage et continue vers Calibère, vers Castelnau.

 

                    Dès les premiers coups de feu, le commandant SCHÔPPLEIN a arrêté la marche de la colonne puis a donné l'ordre "d'incendier le village et de forcer le passage par

tous les moyens pou assure Ie passage des colonnes allemandes". SCHOPPLEIN se

heurte à certains de ses subordonnés : le lieutenant HARMS, pasteur dans le civil, refuse

d'appliquer ses ordres et s'adresse à ses hommes i "Vous connaissez mes opinions personnelles au sujet de I'incendie des maisons. Agissez en chrétiens. Je déteste cette manière de faire la guerre" puis, donne l'ordre de fusillé ceux de ses hommes qui se rendront

coupables de pillages': Le soir même, en entrant à Castelnau, HARMS lait proclamer l'état

de siège et annonce qu'il fera "fusiller tous les soldats coupables de pillages". La traversée

de Rimont par la 5" Compagnie du lieutenant HARMS se passe sans pillage ni incendie.

Par contre, les exactions commencent avec les troupes suivantes du lieutenant SCHERHAG

qui s'est tristement illustré dans la répression à plusieurs reprises. SCHERHAG exécute

les ordres au pied de la lettre. C'est alors que commencent les exécutions et les incendies.

Les victimes

                    Des groupes de soldats allemands et turkestans pénètrent dans les maisons,

violent des femmes. Jean-Baptiste ALIO, 28 ans, instituteur de Perpignan, devenu

tuberculeux au retour de la guerre et en traitement à Osséja, est venu passer quelques

jours à Rimont où son épouse s'est réfugiée. Le voilà gardé à vue à l'étage. Pensant

pouvoir délivrer sa femme ou la venger, il réussit à s'emparer d'une arme, tire sur un soldat

"mongol' qui, le cou traversé par une balle, sort de la maison en titubant et s'effondre dans la rue. Aussitôt arrêté, Jean Alio est attaché, battu, matraqué et conduit à pied au pc du

commandant SCHÔPPLElN qui, après une brève explication, donne l'ordre de le fusiller.

sur le refus de plusieurs soldats, le capitaine RANZINGER, chef du commando ,DREYEÀ"

demande à un de ses hommes de l'exécuter. ALIO est abattu à la Fontaine de Marie.

 

                     Dix autres habitants de Rimont sont abattus à leur tour, dans la rue devant chez eux ou tandis qu'ils s'enfuient :

                   - Antoine Jean SOUM, 69 ans, à la Baquère au dessus du pas de la Plagne, dans sa fuite ;

                   - Jean TOLOMEI, 62 ans, réfugié de Collioure, à La Serre ;

                   - Jean ROUSSE, 53 ans et Louis SOULA,44 ans, près de la plagnotte

entre le tunnel ferroviaire et la route ;

                   - Stanislas SOULA, 78 ans, devant sa porte à La Serre, alors qu'il épluche

des pommes de terre ;

                   - Etienne FORGUES, 65 ans, à Mirande, alors qu'il vient livrer une vache

pour la fête de Ia Libération ;

                   - Marie COSTES, 77 ans, d'une balle perdue. infirme, elle était sur un

chariot que poussait sa belle fille ;

                   - Adrien SENTENAC, 71 ans, retrouvé mort dans sa maison où il essayait

de se cacher ;

                   - Jean-François ROUSSE, 72 ans, au chemin de la Tranchée, affaissé sur

une charrue ;

                   - Joseph SERVAT, 56 ans, maître valet à Tabéou, retrouvé mort plusieurs

jours après dans les ruines d'une. grange.

 

                   Ces onze victimes pouvaient être évitées par l'évacuation totale du village

mais on peut considérer que le pire a été évité, puisque tes otages ont survécu.

Les otages

                  Plusieurs groupes d'otages sont pris dans la journée du 21 août. Un premier groupe est pris à Labade (sept à huit personnes) par les Allemands qui montent de

la Fontaine de Marie, puis mené à Dorio où il se renforce de cinq ou six otages pris sur

place. Les femmes restent jusqu'à midi où elles sont libérées. Les hommes, menés dans

le village, mêlés à d'autres, sont alignés le long de la façade du marchand de vins DABAU.

Alors qu'ils se rendent compte qu'on va les fusiller (ils sont vingt cinq environ), l'un d'entre

eux François SENTENAC risque sa chance, fonce dans la màison par un couloir ouvert

derrière lui, et s'enfuit en sautant dans les jardins. L'officier allemand et des soldats le

poursuivent en vain et ne reviennent pas.

Les soldats "mongols" restés seuls conduisent les otages vers le château de la vignasse, en bas du village. Là, se trouve un deuxième groupe d'otages. on les aligne tous contre le mur. un Rimontais, calixte COSTES, déclare : "Courage, les enfants maintenant c'est le moment" Mais rien ne se passe. un ordre arrive : on pousse les otages dans le pré en contrebas de la route nationale. A plusieurs reprises des simulacres d'exécution ont lieu. Jusqu'à la nuit, ils restent tous couchés dans le pré en plein milieu de la bataille. Les balles, la mitraille passent au-dessus d'eux. A 22 heures 30, les gardiens 'turkestans' les relâchent.

                    -Aucune idée de l'heure. pas une minute nous n'avons eu faim ou soif,

ou froid, nous ne ressentons rien, aucun sentiment... En fait, ta bataille fait rage, et nous servons de bouclier car les maquisards tuent en face. lls cessent de le faire lorsqu'ils

s'aperçoivent qu'il y a des civils. De l'autre côté le village brûle." (Anna EYCHENNE,

une otage).

                    Durant une bonne partie de la journée, les quatre vingt enfants de la

colonie Notre-Dame de I'abbaye de Combelongue, le personnel et les prêtres qui les

encadrent sont eux aussi maintenus en otages. Après avoir bombardé les bâtiments au

mortier et avoir empêché toute sortie avec sa mitrailleuse, la section allemande qui s'est

emparée de la colline de Castillon où elle a subi des pertes du fait des tirs précis venant

de la colline de la Serre, investit en effet les lieux. Les assaillants veulent venger leurs

morts et les otages ne doivent leur salut qu'à la présence à la tête du détachement d'un

sous-officier allemand protestant qui voyant le crucifix accroché au mur se refuse à les

fusiller.

L'incendie

                     Les troupes de la Légion ont envahi le village par le nord-ouest et par le

sud-ouest. Dès que la 5" Compagnie a réussi à forcer le passage sur la route en direction

de Calibère, la 1" Compagnie du lieutenant HELFER et la 2° Compagnie du lieutenant

SCHERHAG organisent le pillage et l'incendie systématique de Rimont.

 

                      - "Déjà des maisons brûlent. Les soldats enfoncent les portes, lancent

des bombes incendiaires à l'intérieur des maisons. Ils sont très nombreux (plus de cent)

et vont très vite, sans ménagement, ils pillent, saccagent, ressortent des maisons, I'un

avec un jambon, l'autre avec du vin, un autre avec un pot de graisse..." (Anna EYCHENNE).

 

                      - "Les Mongols sont entrés chez nous, nous ont mis dehors à coups de

crosse et nous ont laissés libres. Après avoir mis le feu, ils sont partis et nous en avons

profité pout l'éteindre chez nous et chez les voisins, mais ils sont revenus et I'ont rallumé.

Nous avons recommencé la première opération, et, ainsi, nos maisons ont pu être sauvées'.

(Marie-Louise PUJOL I 944).

 

                       - "Les Allemands sont arrivés dans le village de Rimont. Huit d'entre eux

ont frappé à ma porte et sont entrés dans ma maison en me menaçant avec les baïonnettes.

J'ai été frappée fortement à la tête à coups de poings, ce dont je souffre encore. lls

m'ont ensuite fait sortir et ont mis le feu à la maison après en avons sorti bien des choses

et notamment mon cochon" (Mme SENTENAC, 1 944).

 

                        - "Je rencontrais DYCZEK à l'entrée de Rimont... ll entra dans les maisons qui se trouvent à gauche de la rue principale où je présumais qu'il allait piller. Pour

tant, j'observais qu'il était en train d'entasser de la matière inflammable à laquelle il mit le

feu'. (Témoignage d'un Allemand, 1944).

 

                        - 'J'ai vu moi-même que ce n'était pas la Werhmacht mais plutôt des douanier qui ont forcé l'entrée d'une maison, à droite de la rue principale de Rimont, et qui ont

mis le feu à cette maison après I'avoir pillée. Des Turkestans et quelques Allemands sont

allés chercher des boissons dans cette maison'. (Autre témoignage d'un soldat allemand

pendant son interrogatoire).

 

                         On connaît le triste bilan de l'incendie de Rimont.

 

                         Le village, plusieurs fermes et hameaux sont incendiés en presque

totalité : 236 immeubles détruits dont 152 maisons d'habitation.

La mairie, les écoles, les archives ont brûlé. Seule l'église a été épargnée.

La bataille de Rimont

                    Pendant que Rimont brûle, que se passe t'il ?

 

la postière de Rimont, Yvonne SOULA, restée dans son bureau malgré I'incendie qui menace, réussit à téléphoner à Foix pour expliquer ta situation. Aussitôt, les renforts partent de Foix en compagnie de la Mission interalliée parachutée à Rieucros le 8 août (commandant BIGEARD 'Aube', commandant anglais PROBERT, lieutenant canadien

DELLER...).

 

                          Dès le matin, un détachement de F.T.P. de la crouzette vient soutenir les

milices patriotiques au sud, aux environs de La serre, et mitraille la colonne sur la route

nationale. Depuis le chemin de la Tranchée, elle I'attaque à la grenade. plus loin, de calibère à castelnau sur les collines du sud (Micassou, Broucaillou) s'échelonnent guérilleros

de la crouzette ou de la région de Foix, troupes de la 3102° compagnie et de la 3101° compagnie F.T.P. avec le lieutenant LUMMERT "Metz,, avec GENES et TOMASINI.

 

                          Le détachement "METZ" réussi à tenir quelque temps le long de la voie

ferrée. La colonne allemande avance péniblement sur là route, prise entre deux feux (du

nord et du sud). vers 14 heures, le groupe "Genès" est sur le point d'être encerclé et

réussit à se replier sur le Couloumé. Reprenant position, il inflige avec le groupe Tomasini,

de grosses pertes à l'ennemi qui, dévalant la colline, tente de s'infiltrer le long de la voie

ferrée et du ruisseau de Rataoué. Tout ceci se passe sur les fronts sud et est de Rimont.

 

                          Pendant ce temps, sur les fronts nord et nord-ouest (du côté de Lescure

et de Clermont) les rescapés de la bataille de Saint-Girons mêlés au groupe F.T.P "Pons"

(3102" compagnie) et à certains éléments des maquis de l,A.S. Bastide de sérou, tentent de chasser les Allemand de Rimont.

 

                          C'est aux environs de 13 heures - 15 heures que tombent les quatre victimes F.F.l. de la journée : deux maquisards de La Bastide :Êlie-Robert BALANÇA  (tué près de la Plagnotte) et Firmin RESPAUD : un F.T.P. du détachement .Metz, : Valentin

PRAT (de Rabat les Trois seigneurs) et un F.T.P. du groupe "pons", (maquis de la crouzette

renforcé) : Aimé DELRIEU (de saint-pierre de Rivière) qui tombe à l'entrée ouest de Rimont,

au Bourach.

 

                          La colonne allemande fonce sur castelnau et connaît de gros dégâts car

elle est prise entre deux feux. En début d'après-midi, arrivent des guérilleros de la 3° Brigade (1er et 2 bataillons) de I'Ariège avec les commandants , "ROYO", "ROBERT", GUTTIEREZ, ABASCAL, un détachement commandé par le lieutenant canadien DELLER,

un premier groupe de milices patriotiques du Mas d''Azil avec HUC, ARMISSEN et le

docteur SAINT-PAUL. Le capitaine GARDELLE (Armée secrète) et le maquis de la Bastide tienne au sud du moulin de Montseron. VANUXEM, professeur à Foix, avec sa mitrailleuse, freine la progression allemande.

 

                          Les Allemands, toujours installés dans Rimont, tentent de s'emparer des

collines qui encadrent la route nationale au nord et au sud. Depuis le hameau de Terrac,

le groupe du lieutenant DELLER constate que les Allemands semblent avoir installé à Cazet un point d'appui et un dépôt de munitions. Après avoir contourné par re noiJ, it

I'attaque au mortier et à la mitrailleuse depuis Boulant. Les Allemands ripostent, lui infligeant des blessés. ll est obligé de décrocher.

 

                          Pendant ce temps, depuis un hangar de Micassou, le guérillero BAYETO

(Maximo HINGUILDE) prend la route sous le feu de son fusil-mitrailleur, et agréssion allemande. ll vendra chèrement sa peau. En fin d,après-midi, le commandant CALVETTI, responsable militaire départemental des F.T.P., installe son état-major à Maury.

En fin de soirée, les renforts affluent : un détachement de la 3103'Compagnie FT.P. de

Lavelanet avec le lieutenant DEPINOY et un peu plus tard celui du capitaine BURG arrivent

par le Mas d'Azil.

 

                           Vers 19 heures, la colonne allemande force le passage (aux environs de Feillet, la Barrière, la Gardesse). Dans la nuit noire et épaisse (il bruine) les camions

allemands roulent tous feux éteints et au point mort, pour passer inaperçus. Toutefois, le

maquis de la Crouzette attaque le convoi à la grenade. Les dégâts sont très importants.

Les habitants de Castelnau ont évacué le village. Le combat cesse avec la nuit. Après

avoir subi de lourdes pertes, la colonne allemande atteint Castelnau sans entrer dans le

village. De Rimont à Castelnau, la route est jonchée de véhicules, d'armes, de munitions

et de morts.

 

                           A l'arrière, depuis 22 heures, Rimont est évacué' Le dernier détachement

allemand, avant de partir, a même aidé les habitants à éteindre I 'incendie, par exemple

chez M. de HANSY. Du côté allemand, des tiraillements apparaissent dans l'état-major. Le

commandant SCHÔPPLEIN, a perdu un temps précieux à incendier systématiquement

Rimont. Plusieurs subordonnés lui ont pourtant conseillé de profiter de l'effet de surprise

et de foncer sur Foix. Le lieutenant HARMS déclare :"C'est une folie qu'on lait ici". l'adjudant BOTH va jusqu'à dire "ll semble qu'il n'y ait plus personne pour commander le bataillon ! "

 

                           Du côté français, on découvre l'ampleur de l'avancée allemande et à l'état-major, on envisage un repli éventuel vers La Bastide ou le col del Bouich.

                           - "Le soir du 21 août, tes deux troupes en présence étaient découragées ;

tes Français par suite du manque de munitions et du recul opéré ; les Allemands en constatant que leur colonne automobile était presque entièrement hors de service. Toute la

journée les maquisards s'étaient battus avec fougue, mais par petits paquets et sans plan

d' ensemble." (Maurice GARDELLE)

La bataille de Castelnau-Durban (22 aout 1944)

 

                            Au petit jour, la bataille reprend. La légion du Turkestan occupe Castelnau-Durban depuis la nuit. Elle tente de s'emparer des collines au nord et au sud du village. Dans I 'impossibilité d'avancer directement par la route jusqu'a Ségalas, la manœuvre principale est de contourner les maquisards par le nord, par Durban, pour revenir sur Ségalas ou sur le Mas d'Azil.

 

                           Sur les hauteurs au sud de Castelnau est installé le maquis de la Crouzette;

au nord, se trouvent les 3101" et 3103" Compagnies F.T'P., des éléments de I 'Armée Secrète (maquis de La Bastide, groupe "Gardelle"...) et de nombreuses milices patriotiques

venues de partout.

 

                             Du côté allemand, le commandant constate son échec :en vingt quatre

heures, il a brûlé Rimont et n'a avancé péniblement que de six kilomètres. La configuration

du terrain est mauvaise. Les maquisards se renforcent d'heure en heure. Le "verrou"

de Ségalas tient bon. Les troupes de couverture formant I 'arrière-garde sont attaquées à

I'arme automatique et à la grenade aux abords de la Barrière. ll semble que dès le matin

un certain scepticisme se soit emparé du commandant et de ses adjoints. Le commandant

SCHÔPPLEIN rassemble ses hommes et leur communique ce qui suit: "Celui qui à

partir de maintenant met le feu aux maisons ou qui se livre au pillage sera fusillé. Nous

voici maintenant en face d'une troupe régulière."

                              Ainsi l'attitude du commandant a complètement changé, soit parce qu,il

reconnaît son erreur (l'incendie de Rimont paraît inutile), soit parce qu'il craint des représailles maintenant que Ia défaite se précise. ll ne se considère plus en face de bandes de 'terroristes' mais aux prises avec une véritable armée.

 

                              Au petit matin, de nouveaux renforts arrivent : quatre vingt guérilleros de

I'Aude, des milices patriotiques de Tarascon et le groupe "camille" de la vallée du

Vicdessos; à l'ouest, le groupe "Rémy" de Saint-Girons. Vers six heures du matin, un

groupe imprudemment avancé vers Castelnau est dispersé. Là, tombe le maquisard Ray_

mond LEQUÉRÉ de Montgailhard. un peu plus tard, nouvelle tentative pour entrer dans

castelnau par le maquis de la crouzette. c'est l'échec puis I'avance allemande reprend

vers ségalas par les collines de Montseron au nord et au dessus de castelnau au sud.

 

                              Des civils tombent alors : un vieillard Joseph VERGÉ est mortellement blessé (il meurt sept mois plus tard). Angelo SANSON réfugié à Eychartas tombe en

fuyant un groupe de mongols. ll lève les bras au ciel et crie "Kamarad !"  Le sous-officier

MIRSAEW donne l'ordre au servant de la mitrailleuse ABDULLAEV de tirer. Le malheureux

est abattu et détroussé. A ce moment, un maquisard français est fait prisonnier au

nord de Castelnau.

 

                              Entre Montseron et Ségalas sont installés des F.T.P. (3101* et 3103* Compagnies) avec le capitaine CAURET "Armor", accompagné du lieutenant MEYER "Valmy". "Armor" sur les ordres de CALVETTI a confié une partie de ses hommes à I'abbé Léôn FERRAN, capitaine de réserve, curé de Durban. pour donner I'impression d'être plus

nombreux qu'en réalité, les maquisards tirent par salves, mais les Allemands avancent

toujours vers Durban. Dés camions font des navettes à vide sur la route venant du Mas

d'Azil feignant un transport important de renforts. un groupe de Lavelanet, avec l'abbé

FERRAN, tente de s'emparer d'une colline au sud de Durban. Trop avancés, les maquisards

se font prendre entre deux feux : trois sont tués : Paul BERGERÊ, Léon MAUDOU

et Albert TRAFIQUANT. Un quatrième, Louis BAUDRU est gravement blessé.

 

                           Le commandant CALVETTI, grâce au docteur André SAINT-PAUL a obtenu

des munitions du maquis de Cazères. cela permet d'envoyer de nouveaux renforts

sur Ségalas : deux camions de F.T.P. avec le commandant GOS, Benito PEREZ "Oscar",

François ANDREU "Lucien" et Maurice GENES "Bébert". ce détachement est mitraillé

par I'ennemi à deux kilomètres en avant de Castelnau. ll y a de nombreux blessés : BERDIE,

BOUSQUET, AMARDEILH, "KLEBER". L'arrivée du commandant "BOBERT" . (José

ALONSO) et d'un détachement espagnol les tire de leur mauvaise posture.

 

                          Du côté de Durban, la bataille redouble. Un détachement du maquis de

Cazères avec son chef Raymond GARAUT "Marius" vient renforcer les éléments de l,A.S.

aux côtés du contingent du Mas d'Azil (André SATNT-PAUL).

 

                          Les Allemands sont contenus et démoralisés. Vers 16 heures, une voiture

allemande hissant le drapeau blanc arrive de Castelnau vers Ségalas.

La capitulation

 

                            Le maquisard français pris le matin, vers 11 heures, menacé d'être fusillé,

imagine d'impressionner le commandant SCHOPPLElN,. Louis LACASSAGNE "Lenoir"

raconte que les Allemands sont encerclés par plus de 4.000 hommes (Français, Anglais,

Américains). "si un seul maquisard est fusillé, cent Allemands le paieront de leur vie". Le

commandant, découragé, accepte de parlementer mais avec des troupes régulières françaises. Les plénipotentiaires allemands sont très surpris de constater gu'il y a des

Anglais, un Canadien !... En I'absence du lieutenant colonel AUBERT (Camille SOUYRIS)

chef départemental des F.F.l. , rentré à Foix, c'est le commandant BIGEARD qui mène la

négociation. Jean STAHL qui dirige une antenne de la Croix-Rouge est choisi pour aller le

premier dans le camp allemand. Discuter de l'évacuation des blessé est une bonne entrée

en matière.

 

                          Vers 19 heures 30, la capitulation sans condition est signée à Ségalas en

présence de BIGEARD, PROBERT, CALVETTI, etc...

 

                          A Castelnau, 1542 Allemands et Turkestans se rendent à 450 maquisards

environ. Dans les jours qui suivent, beaucoup de fuyards sont pris dans toute la contrée alors qu'ils tentent de s'enfuir. Des Français, P.P. F. et autres sont ainsi capturés à

Rivèrenert. Dans Rimont en cendres, treize "mongols" et deux Allemands capturés sont

fusillés par les Rimontais.

 

                         Le nombre des morts ennemis n'est pas connu, mais il doit raisemblablement

dépasser la centaine.

 

                         Pour cette journée, le bilan du côté des maquisards est de sept tués :

LEOUÉRÉ, BERGERE, MAUDOU et TRAFIQUANT et trois guérilleros.

 

                         Une dizaine de bâtiments dont quatre maisons d'habitations sont détruits.

 

                         Les blessés des deux journées sont nombreux : Antonio BERENGUER,

Pedro ABASCAL, CONSTANI Jean CONDE, Narcisse FONTBAOIA, le Yougoslave Sylvestre FURLAN "Pavlov", ancien des Brigades internationales, Gustave PEDOYA, Mario

VETTOR et Jacques CARRIE qui reste aveugle, les yeux arrachés par une balle.

 

                         Quelques jours plus tard, à Toulouse, un guérillero blessé, Pablo GARCIA

CALERO est décoré par le Général de Gaulle qui lui déclare : "Guérillero espagnol,

en toi je salue tous tes braves compatriotes. Quant à toi, par ton comportement et le sang

que tu as versé pour la liberté de la France, tu es devenu un héros franco-espagnol".

 

                          La nouvelle de l'incendie de Rimont a plongé I'Ariège dans la panique. Le

cauchemar fini, les prisonniers allemands prennent le chemin du camp du Vernet. Dans

le camion qui l'amène vers Foix, le commandant SCHOPPLEIN s'apercevant de sa méprise

devient comme fou de rage et veut se tuer. Quelques semaines plus tard, il sera abattu en tentant de s'évader du camp. Des officiers, des soldats seront condamnés comme criminels de guerre. Le lieutenant SCHEBHAG sera condamné à mort et fusillé.

 

                         A Rimont, grâce à l'aide venue de tout le département et de toute la région,

il faut maintenant panser les plaies, réconforter et reloger les 600 habitants. Seules

dix sept maisons ont été sauvées et c'est bientôt un immense campement de baraques

de bois qui remplace les ruines que, peu à peu, les soldats allemands prisonniers aident

à déblayer. La vie reprend peu à peu. Mais il faudra des années pour effacer les traces du

passage de la barbarie nazie et pour que Rimont dans son malheur devienne ce coquet

village qui paya chèrement le prix de sa libération.

A Rimont, le 20 août, vers 13 heures

 

                             Les troupes allemandes et mongoles (il n'y a pas de distinction à faire, au

moins à mon sens, dans la conduite des uns et des autres) arrivent dans le village, pénètrent

de force dans la maison, et, après des perquisitions par plusieurs groupes, mon mari est amené, les autres membres de ma famille gardés dans la rue, tandis que moi-même tenant ma fillette de trois ans par la main suis invitée par un Allemand (accompagné de Mongols et d'autres Allemands) à monter au premier étage. Je les suis, croyant à un complément de perquisition et désireuse de ne point exaspérer leur rage qui pourrait se tourner contre mon mari.

 

                            Arrivés dans la chambre, ils m'invitent par geste à les satisfaire. Je proteste

en criant, et I'enfant crie et pleure en m'entendant ; un énorme Mongol la tire violemment

pour la séparer de moi et ses pleurs redoublent. Je la reprends dans mes bras affolée. lls sont plusieurs et me courbent sur le lit tandis que je retiens mes cris et essaye de rassurer l'enfant en hoquetant quelques paroles. Je me souviens d'avoir répété éperdument "ll était une fois, une petite fille...". Mes vêtements déchirés, ils abusent de moi (Mongols et Allemands), deux camarades complaisants me tiennent les jambes pour aider un troisième, combien ? 5 ? 6 ?... je ne sais plus...

 

                           Un coup de feu ayant éclaté au premier, ils m'ont brusquement lâchée et

oubliée dans la maison.

 

                          Je me suis réfugiée au grenier avec mon enfant et j'ai quitté la maison

lorsqu'elle commençait à brûler...

 

                                                      Témoignage sincère

                                                         à Saint-Girons le 28 août 1944

 

                                                                           Mme A.C.

 

                                                (document publié avec l'autorisation de la famille)

Combat et destruction de Rimont par les troupes allemandes le 21 août 1944

 

Dès le 20 août Rimont avait constitué une garde civique.

Le 21 août à 9 heures 10, un des hommes donne l’alerte et signale que les Allemands montent vers Rimont.

Tous les hommes armés rejoignent leur poste de combat en avant du village. Les hommes de Rimont appuyés par 8 Espagnols du maquis de Rilles ouvrent le feu sur le premier détachement allemand. Ils se rendent compte dès le début du combat qu’ils ont à faire à une troupe considérable et fortement armée.

Malgré l’inégalité des forces en présence, (du côté des nôtres, il n’y avait que 23 hommes plus 8 Espagnols, et qu’il a été reconnu que la colonne allemande comptant plus de 2000 soldats, et l’armement insignifiant des hommes). Le combat se poursuivra jusqu’à l’épuisement des munitions, soit 2 heures après le premier contact. A 11 H 15, nos hommes sont obligés d’abandonner les abords du village qu’ils avaient protégé jusqu’à cette heure. Les troupes allemandes l’occupent immédiatement, et s’emparent des civils qui étaient restés au village, hommes, femmes, vieillards.

Au fur et à mesure qu’ils avancent dans le village, ils pillent toutes les maisons, et mettent le feu partout, maison par maison à la grenade incendiaire, avec de l’essence et même avec du papier et des bûchers faits avec des chaises ; systématiquement, ils détruisent tout. 142 maisons ont flambé.

Celles qui restent debout (17) n’ont pas échappé à leur sauvagerie, mais pour certaines le feu n’a pas voulu prendre et d’autres ont pu être éteintes par des habitants du village. D’autre part, d’après les témoignages recueillis, 6 (sic) habitants de Rimont ont été fusillés par les Allemands.

1)      Monsieur Alio Jean Baptiste, 28 ans, instituteur en congé à Rimont, a été emmené par les Allemands et au bas de la côte de Rimont au lieu-dit « La Fontaine de Marie» a été fusillé.

2)      Tolomei Jean, 62 ans, réfugié de Collioure, Pyrénées Orientales, a été pris devant sa femme et a été fusillé presque sur place.

3)      Rousse Jean, 53 ans, cultivateur au hameau de « Pas de la Plagne », près chez lui a été fusillé ; sa ferme a été incendiée après.

4)      Soula Louis, 43 ans, cultivateur au hameau de « Terrada », fusillé le long de la voie ferrée en même temps que Monsieur Rousse Jean. Sa ferme a été incendiée.

5)      Servat Joseph, 55 ans, maître valet de ferme, fusillé dans le village. Son corps a été retrouvé trois semaines plus tard dans les décombres d’un mur.

6)      Soula Félicien Adolphe, 78 ans du « Hameau de Lasserre » a été fusillé devant sa porte.

7)      Forgues Etienne Joseph, 66 ans, au hameau de Bennet. (Cette personne ne figure pas dans certains rapports)

D’autres hommes ont été mitraillés pendant qu’ils cherchaient à s’enfuir.

C’est le cas de :

Monsieur Soum Antoine dit Jean, 70 ans

Monsieur Rousse Jean François, 72 ans

Madame Laffont Marie, 75 ans a été tuée par une balle perdue.

Monsieur Sentenac Adrien, 71 ans, est disparu ; on le suppose carbonisé sous les décombres de sa maison.

Par ailleurs, 25 personnes avaient été prises comme otages dès la rentrée des troupes allemandes.

 *

Résumé des Témoignages des habitants de Rimont

qui étaient restés dans le village pendant le combat et avaient été prises par les Allemands.

Le 21 août, vers 11H 15 quand les Allemands ont pénétré dans le village, ils tiraient dans les fenêtres des maisons et mettaient le feu à tous les bâtiments qu’ils rencontraient.

Les habitants qui étaient encore dans les maisons ont donc dû quitter celles-ci ou les caves où ils s’étaient réfugiés.

Ils furent ramassés en plusieurs groupes :

1)      Un groupe fut réuni en haut du village et conduit à l’abbaye de Combelongue (colonie de vacances) où ils furent gardés à l’intérieur des bâtiments. Les Allemands ont pillé cette colonie prenant l’argent, les denrées et le linge qu’ils trouvaient.

2)      Au milieu du village, un groupe d’hommes (environ 20 personnes) et de jeunes fut rassemblé et aligné le long du mur de la maison de Mr Cabau, marchand de vins. Toutes ces personnes ont l’impression qu’elle auraient été fusillées, si l’un des leurs, Monsieur Sentenac François, risquant sa chance, ne s’était échappé en traversant la maison et en sautant par une fenêtre dans un parc situé en contrebas de 6 mètres en dessous de cette maison. L’officier et les soldats allemands qui encadrent les soldats mongols sont partis à sa recherche et ne sont pas revenus. Les soldats ont donc conduit les personnes en bas du village et les ont fait se joindre au 3ème groupe.

3)      Un groupe d’hommes d’un certain âge, de femmes et d’enfants avait été formé, face à la propriété sise au bas du village dite La Vignasse.

L’officier, après un 1er interrogatoire rapide, a permis à de vieilles femmes et à des enfants de partir par la route du Mas d’Azil.

L’interrogatoire a repris ensuite plus serré ; un par un, l’officier menaçait chaque personne. Il voulait faire avouer où qu’ils étaient du maquis ou d’une famille de maquisard. A plusieurs reprises, ils ont aligné des personnes le long du mur en leur disant qu’ils allaient être fusillées pour venger les soldats allemands morts.

Enfin, tous les habitants ayant résisté à l’interrogatoire et n’ayant rien avoué, l’officier les a remis en garde à quelques soldats ainsi que les personnes du groupe 2 qui les avaient rejoint. Ils furent conduit dans un pré, en contrebas de la route nationale et restèrent allongés tout le jour pour s’abriter des balles perdues qui passaient au-dessus de leurs têtes.

Le soir, les gardiens sentant le combat perdu leur offrirent de partir. Ce qu’ils firent vers 22 H 30 à la nuit. Ils purent tous s’échapper malgré des rafales que leur envoyaient divers groupes allemands qui les aperçurent.

*

Liste fournie par la mairie après la Libération:

 

Domicile

Date de naissance

Situation

Profession

Soula Félicien Adolphe

Rimont

9 juin 1866

Marié 1 enfant

Cultivateur

Rousse Jean

« « « « 

12 mai1891

Marié sans enfant

« « « « « 

Soula Louis

« « « « 

11 mars 1900

Marié sans enfant

« « « « « 

Toloméï Jean Baptiste

Réfugié, Collioure

4 janvier 1882

Marié

Sans

Alio Jean Baptiste

Réfugié, Perpignan

9 décembre 1915

Marié 1 enfant

Instituteur

Rousse Jean François

Rimont

1er février 1872

Célibataire

 

Costes (Vve) Marie

« « « « 

26 février 1867

Veuve

Sans

Forgues Etienne Joseph

« « « « 

10 novembre 1878

Marié 2 enfants

Cultivateur

Soum Antoine dit Jean

« « « « 

18 octobre 1874

Marié 2 enfants

« « « « « 

Sentenac Adrien

« « « « 

23 avril 1873

Veuf

Sans

Servat Joseph

« « « « 

2 octobre 1888

Marié 5 enfants

Cultivateur

 

 

NB: Selon un rapport, 17 Allemands ont été tués et enterrés à Rimont...

 

SOURCES: www.histariege.com

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